A qui voulons-nous confier les relations humaines de proximité dans les villes ?

La dame qui crie sur un banc

Lundi dernier, 22h. Nous sommes en train de disserter avec un groupe de Messieurs lorsqu’un cri déchire la nuit. Un cri de dame, strident et très profond, mais bref. On lève les yeux, on cherche du regard, on se replonge dans nos conversations. Pas pour longtemps, car nous sommes rapidement interrompus par un second, puis un troisième cri. On alors décide de creuser leur origine. On s’éclipse et on va promener nos yeux sur le boulevard adjacent, bien calme à ce moment de la soirée. Une dame est assise sur un banc, tranquillement installée. Pourtant c’est bien elle qui laisse échapper de temps un temps un cri qui vient des tripes.

On s’approche, se présente, ça a pas l’air d’aller fort ce soir Madame ? Et on commence à discuter. La dame est extrêmement triste. Les souvenirs du passé remontent, les morts se rappellent au souvenir, les remords s’accumulent. Les idées, la chronologie et les identités des protagonistes se mélangent dans sa tête et dans ses paroles, alors on s’accroche aux émotions qu’elle manifeste pour poursuivre la discussion.

C’est alors que débarque un camion de police, 4 personnes. L’un de nous les intercepte pour leur expliquer à part la situation et pour réduire le choc potentiel de la rencontre entre ces hommes et la dame. Ca tombe bien, les flics sont sympas, restent discrets, demandent l’identité de la dame, puis repartent ; et on en aurait presque oublié les flashballs et autres tasers qui les accompagnaient.

Ils sont intervenus suite à un appel de passant ou de voisin. Et ils sont venus voir ce qu’ils se passaient, simplement.

L’institutionnalisation des relations sociales et de l’égard pour l’autre

La personne qui a appelé était peut-être inquiète pour la dame, peut-être a-t-elle eu peur aussi. Mais surtout, elle a jugé qu’il y avait des professionnels compétents pour intervenir, et que ces professionnels répondaient au téléphone quand on composait le 17. De la même manière que les citoyens sont invités à composer le 115 s’ils voient quelqu’un dormir dehors, ou le 15 si une personne a une attaque dans la rue, ou le 18 si un incendie se déclare.

Heureusement que ces numéros existent. Ils nous permettent de vivre mieux, de moins mourir, de ne pas tous cramer dès qu’un feu se déclare. Mais est-ce que l’effet pervers n’est pas de nous déresponsabiliser collectivement de ce qu’il se passe autour de nous ? N’avons-nous pas tendance à nous décharger sur le collectif dépersonnalisé qu’incarnent ces numéros de secours ? Est-ce que pour cette dame, on se serait arrêté ? Imaginons-nous vraiment qu’en appelant le 115 en pleine nuit d’hiver pour un Monsieur, on fasse une action plus citoyenne et responsable que si nous étions allé lui parler ?

Quelle part chacun de nous prend dans la ville ? Qui est pour moi le voisin en détresse ? Est-ce que c’est aussi mon problème ? Et si moi j’étais en pleurs sur un banc, qui voudrais-je voir me tendre un mouchoir ?

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