De quoi se réjouit-on ? Ou le scandale des hôtels au mois

Hier, un Monsieur qui a dormi tant d’années à la rue qu’on ne les compte plus a dormi au chaud dans un lit avec des draps. En soi, une bonne nouvelle, non ? Les nuits commencent à être vraiment fraîches, en ce mois de décembre.

Monsieur a intégré un hôtel parce qu’un hôtelier avait une chambre vide, et que ce dernier savait qu’il pouvait compter sur les associations pour ne pas la laisser inoccupée longtemps. Nous avons donc joué les intermédiaires, en informant Monsieur de cette possibilité. Il a dit oui rapidement, comme si c’était une évidence.

Un long chemin dans la tête avant de se mettre à l’abri
On se dit que Monsieur a fait du chemin dans sa tête pour décider ainsi un jour d’aller se mettre à l’abri, et pour envisager que le lendemain peut être un peu meilleur que le jour-même. On se demande où il trouve soudain le courage de regarder vers l’avenir en se relevant, de parler de dormir au chaud puis de travail. On a espéré voir un jour ce déclic, mais après des années à dormir dans une cave, puis dans un container à poubelles, puis dans un local à électricité, puis dehors, il y avait une grande chance que Monsieur n’ait plus nulle part où puiser toute la force que cela demande. Et puis finalement si.

On a envie de se dire qu’on n’y est pas tout à fait pour rien, en tant qu’équipe, nous tous réunis, et que les centaines d’heures passées, au fil des années, à se rencontrer, se connaître, échanger, aller voir la mer, raconter des blagues, parler de nos rêves et nos peurs, de cuisine et de foot, parfois même s’occuper un peu des papiers et autres tracasseries administratives, oui, que tout ça a peut-être aidé Monsieur à regarder demain d’ un œil moins noir, et à retrouver un peu de l’énergie de ceux qui ont encore de l’amour pour eux-mêmes et pour la vie.

On est sûrement un peu présomptueux, car c’est bien Monsieur qui a cheminé ces derniers temps, et c’est lui qui franchit le cap aujourd’hui, retrouvant l’espoir de lendemains plus heureux. Nul ne saura jamais où il est allé puiser une telle force.

Des avantages incommensurables
La chambre d’hôtel présente deux avantages qui n’ont pas de prix pour Monsieur. Tout d’abord, elle se situe dans son quartier, condition sine qua non pour permettre son installation. On ne s’isole pas d’un lieu qui fait notre quotidien et notre vie.

Deuxième avantage de taille, la simplicité : une enveloppe de cash, une identité déclinée, et voici la chambre louée. Pas de dossiers interminables avec des réponses différées, pas de certificat de bonne conduite à présenter, pas de caution associative ou autre. On vous prend tel que vous êtes, même avec votre gueule de mec fatigué par des milliers de nuits passées dehors.

Mais à quel prix ?
8 mètres carrés, douches et WC à d’autres étages, pas de possibilité de cuisiner. 500 euros.

A payer directement, en cash. Soit 63 € le mètre carré. Le double du marché, pourtant déjà prohibitif.

Aucun contrat, aucune protection du locataire. Tu paies et t’es tranquille, tu restes ; tu ne paies pas, tu fais du bruit ou ta gueule ne me revient pas, tu pars. Les clauses du contrat oral ont le mérite d’être simples.

Monsieur a de la chance, un frère a avancé le premier loyer, et sûrement le second. L’aide au logement se mettra en route entretemps, mais il devra encore dépenser plus de 60% de ses ressources pour payer le reste de la chambre. Personne n’ose compter ce qui lui restera pour vivre.

Nous n’oserons pas non plus évoquer la mixité sociale, concept certainement trop bourgeois pour l’envisager dans ce contexte. Et pourtant, on a du mal à croire que vivre entouré de gens qui ne vont pas bien du tout n’aura pas un impact sur le quotidien et le moral de Monsieur. L’hôtel recrée un entre-soi de personnes qui connaissent la galère et la partagent. Or qui va mieux quand tous ses voisins ne vont pas fort ?

Quel travail social ?
On aurait préféré proposer à Monsieur une solution digne. Pouvoir entendre sa demande, récemment formulée dans sa tête et auprès de nous, d’un chez-soi, petit mais sympa, où cuisiner et recevoir. Et pouvoir proposer en retour une solution adaptée, dans des délais raisonnables. On n’a pas trouvé.

Alors il y a l’hôtel…Peut-on vraiment s’en réjouir ?

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