Dans l’humanisation des centres d’hébergement, faudrait pas oublier l’humain

Il faut prendre le métro jusqu’à une station aux portes de la ville. Puis il faut marcher longtemps le long d’un immense chantier, qui dure depuis des mois. Il n’y a pas vraiment de trottoirs, mais en longeant la route on ne peut pas vraiment se perdre. Il faut juste bien savoir où on va.

On y accède par une porte taillée dans l’immense mur de béton qui sépare le chantier de rails désaffectés. Le centre d’hébergement est là, juste derrière. Au milieu du chantier, et de rien d’autre qu’un chantier. Sans commerces, sans espaces publics, sans rien. Un no man’s land.

Si tu bois, on ne voit plus que ça
Ce soir, on y a été mal accueillis. Patrick y allait pour sa première nuit. La seule chose que lui a dite la première personne qu’on a rencontrée, c’est « Ici, pas d’alcool. ». La première chose que lui a dite la deuxième personne, c’est « Y a un problème Monsieur ? Parce qu’ici, y a qu’une chose : pas de bouteille. » Oui, Patrick était alcoolisé quand nous sommes arrivés. Mais il tenait debout, était clair et lucide, et tout à fait capable de tenir une conversation. Alors voilà, la seule chose qu’on lui a dit, c’est qu’il avait l’air de quelqu’un qui boit. Avant tout. Pas de quelqu’un qui est fatigué, qui a besoin d’être rassuré sur ce lieu si peu rassurant, quelqu’un qu’on attend et à qui on dit bienvenue, qu’on informe qu’il pourra rester un long moment.

Non, la seule chose qu’on a renvoyé à Patrick, c’est qu’il buvait.

Une immense tristesse
Pourtant, sur le papier, ce centre d’hébergement est loin d’être le pire. Certes, on ne peut pas y rester toute la journée, mais on y a une chambre individuelle. Avec une clef. Tout est propre, les draps sont en tissu. Presque du 5 étoiles dans la catégorie centre d’hébergement d’urgence. Il a été, comme on dit, « humanisé » : les centres d’hébergements sont tous en train de subir d’importants travaux d’ « humanisation », visant notamment à en finir avec les dortoirs immenses, insalubres, où on ne peut pas fermer l’œil de la nuit.

Dans ce centre, il n’y a plus que des chambres individuelles. Et dans le préfabriqué où Patrick a sa chambre, il y a un long couloir avec des portes fermées partout, avec à l’entrée un grand réfectoire où personne ne s’arrête, sauf pour faire réchauffer une soupe ou une pizza au micro-onde.

On dirait au mieux un hôpital, au pire une prison. Un endroit qui est tout sauf un lieu de vie, où il fait bon retrouver un peu de chaleur après une journée de travail ou de galère dehors.

La situation géographique est déjà une violente relégation en soit. L’accueil rajoute un peu plus de violence. La froideur des lieux fait le reste…

Impossible de savoir combien de temps Patrick restera dans ce lieu. Mais ce soir, à le voir assis sur son lit, mangeant une part de pizza réchauffée, impossible de ne pas ressentir le poids de la tristesse qui pesait sur ses épaules… et sur les miennes.

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3 responses to “Dans l’humanisation des centres d’hébergement, faudrait pas oublier l’humain”

  1. Brigitte LC says :

     » L’être humain construit son image à partir du regard posé sur lui et sa valeur à partir de la valeur que l’autre lui accorde « .

    Je partage cette tristesse si bien exprimée.

    Dénonçons sans relâche cette inhumanité.

  2. Billiezekid says :

    Sans grande surprise, Patrick n’est resté que la première nuit dans le centre d’hébergement. Il est ensuite retourné dehors.

  3. Catherine Gauthier says :

    Où êtes-vous? Car je viens de suivre une thérapie dans un centre de réadaptation publique au Québec et j’ai été bien reçu et j’ai mangé mes trois repas par jours.

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