N’appelez pas homme des bois cet homme qui m’est cher

Y a pas très longtemps, je furetais en librairie. Me passe alors entre les mains un bouquin que je ne citerai pas, vous comprendrez pourquoi. Ça parle de pauvreté et de France en crise tout ça, je le feuillette. Et tombe sur un passage qui décrit un « homme des bois », voisin de quartier que l’auteure croise régulièrement. Je lis une première fois, puis une seconde. Je le reconnais, cet homme des bois.

Il s’agit de Sandana. Que je connais depuis 3, 4 ans. Que j’ai vu chaque semaine pendant des années. Que des gens qui me sont proches continuent de voir très souvent. Qui fait partie de ma vie, un peu.

Mais dans le livre, ce n’est qu’un sans-abri qui ressemble à un homme des bois. Seulement deux pages sur lui, deux pages de mots qui le réduisent à une épave humaine, presque un animal, fou, sale, au milieu des cafards.

Pourtant, il s’agit de Sandana, qui a vu Jurassic Park pour la première fois enfant en famille, quand c’était un peu la paix là-bas, dans son pays, et qui en garde un souvenir magnifique. Qui est allé voir la sortie 3D tout récemment sur grand écran, et qui a kiffé. D’ailleurs, pour ses 30 ans, il y a quelques jours, il a eu un super sweat Jurassic Park, qu’il porte malgré la chaleur.

Il s’agit de Sandana, qui aime aller écouter de la musique sur la borne Harmonia Mundi installée dans la librairie même où j’ai parcouru le livre en question.

Il s’agit de Sandana, qui un jour sous mes yeux a confectionné d’une main de maître et avec une dextérité que je n’aurai jamais un gâteau au chocolat pour la fête des associations du quartier. Depuis, tous les gâteaux au chocolat que je mange ont un peu le souvenir de ce moment si singulier passé ensemble, loin de la rue, de la bouche de chaleur, des cafards qui n’ont pas été inventés par l’auteure.

Il s’agit de Sandana, qui aime qu’on lui raconte des histoires, qui s’il se retrouve dans une pièce fermée étouffe au point de s’échapper par la fenêtre, qui apprécie de regarder tomber la pluie quand on est au sec et au chaud à l’intérieur, qui aime le whisky, la paëlla, les super héros, Schwarzenegger, s’assoir sur une chaise à l’entrée de son café préféré. Qui n’aime pas les pompiers, l’hôpital, la guerre dans son pays.

Il s’agit de Sandana, qui, quand il se fait casser la gueule au détour d’une rue, hausse les épaules en disant simplement ils sont pas méchants, ils sont fous.

Bref, si l’auteure lui avait parlé plutôt que de le regarder de loin, elle aurait rencontré un homme qui vit, rêve, espère, souffre aussi, discute, partage. Elle ne l’aurait certainement pas réduit à un « homme des bois », et probablement aurait-elle écrit un meilleur livre sur la pauvreté (mais là c’est de la mauvaise fois, je l’ai pas lu).

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