Oui, ta colère est légitime

Tu es en colère. Très en colère.
Tu cries fort cette colère à qui veut l’entendre, aux gens en qui tu as confiance, aux inconnus. Tu la cries avec des mots durs, des éclats de voix, ton portable fracassé sur le sol, une agitation dans tout ton corps.
Ta colère, elle te fait peur. Parce que tu n’aimes pas être en colère, et tu n’aimes pas l’homme en colère que tu es.

Tu es en colère parce que la vie est injuste. Parce qu’aux Assedics, tu n’as pas pu toucher d’allocations car tu avais des bulletins de salaire, pas les fiches employeurs jaunes. Parce que c’est toujours aux pauvres qu’on prend. Parce que tes médecins te disent jamais la même chose et y’en a toujours un pour dire que l’autre t’a dit n’importe quoi. Parce que vivre avec un RSA à Paris, putain c’est la misère. Parce que là où tu vis, y’a des jeunes qui pissent dans l’ascenseur et qui foutent le bordel au milieu de la nuit. Parce que quand on vit à la rue, on nous refuse une cure car quid de l’après, disent-ils. Parce qu’une autre association croisée sur ta route, encore une, t’a fait une promesse qu’elle est incapable de tenir.

Moi aussi, je suis très en colère.
En colère, parce que ta colère dérange.
On voudrait que ta colère, tu la formules avec des mots polis, que tes gestes soient posés, tes phrases construites, que tu mélanges pas tout, et si tu continues à crier tu sors tout de suite ça suffit oui.
En vrai, on est incapable de l’entendre comme elle sort, ta colère, de manière brute. On voudrait la policer. Et si on pouvait la faire taire complètement, ce serait encore mieux.

Alors voilà, je te le dis, moi je l’aime, ta colère.
D’abord, parce que quand tu es en colère, tu pointes avec justesse et finesse les angles morts de notre société, ses injustices, ses aberrations. Et qu’il faudrait pas qu’on s’y résigne, parce que c’est comme ça la vie et qu’il faut faire avec. Non. C’est injuste, et tu as raison de le répéter.
J’aime ta colère aussi parce qu’elle fait de toi un homme libre, debout. Parce que dans ta colère, je vois l’amour de la justice, la force de l’insoumis, la rage du battant. Et que depuis que je te côtoie, tu m’en donnes un peu, de tout ça.

Alors s’il-te-plait, ne te tais pas.

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