Menthe, citron, cassis, anis ? Les Parisiens ne sont pas tous des connards égocentriques

Dans ma province région natale, et dans plein d’autres, on me dit que Paris c’est la folie, que les gens ne se disent plus bonjour et se foncent dessus, qu’il n’y a plus de lien social, qu’il faut être fou pour apprécier. Moi je suis peut-être trop naïve ou bisounours, on me le dit aussi, mais ce que je vois quand je vais à Paris, c’est de la solidarité tissée à chaque instant, dans l’ombre.

Je pense à ce serveur de ce bar dans lequel je me pose à mes heures perdues. J’aime l’entendre égrainer la liste des sirops menthe citron cassis anis fraise à une petite fille qui vient remplir son grand gobelet d’eau fraîche, avant de retourner mendier auprès de sa maman. Petite fille qui revient, quelques minutes plus tard, pour la même chose. Et qui revient, un peu plus tard, pour aller aux toilettes. Puis qui revient encore, pour un verre d’eau sans sirop, c’est pour sa maman cette fois. Et toujours, cette immense chaleur sur le visage et dans la voix du serveur.

Il y a ce cuisinier, qui travaille dans une entreprise devant laquelle dort depuis des années un monsieur. Chaque matin quand il arrive sur son lieu de travail, le cuisinier réveille l’endormi avec un café chaud et un sourire, un mot sympa. Dans un autre quartier, pour un autre gars qui dort dehors, c’est un voisin qui amène chaque matin un café et un croissant.

Pas très loin, c’est un pizzaiolo qui garde tous les jours les affaires d’un autre type, pour qu’il puisse circuler léger pendant la journée.

Il y a aussi cette directrice-haut-placée d’un grand-départment-d’une-grande-entreprise, qui a permis à un gars sans le sou de dormir des années durant dans les sous-sols des bureaux, où il a aménagé un vrai chez-lui cosy. Puis qui a organisé une collecte auprès de ses collègues pour payer le transport du gars vers sa contrée natale, depuis le temps qu’il n’y était pas allé !

Que dire de cette voisine qui apporte une soupe chaude, une clope, un sourire quand elle sort promener ses chiens le soir ? Et de ce gérant de supérette, que dis-je, de tous ces commerçants qui font crédit souvent, parfois sur des mois, à des gens qui n’ont pas une thune en ce moment mais qui rembourseront dès que – et qui remboursent (presque) toujours.

Je pense encore à cette famille, parents et quatre enfants, qui ont longtemps ouvert leur porte à Mickael, pour un repas le dimanche midi, une douche, un chèque à EDF quand il a eu un logement. Les enfants devenus grands sont venus de toute la France lui dire aurevoir.

Dans un autre bar, le café nous est régulièrement offert, quand nous nous y retrouvons avec un gars qui vit pas loin et plutôt dehors. A quelques rues de là, un restaurant indien fait de la livraison à domicile gratuite pour des compatriotes fauchés et à la rue.

L’autre jour, croisée dans un hôpital psychiatrique, la maman d’un jeune homme, qui connaît toutes les personnes hospitalisées sur l’étage. Elle distribue les bises, les mots de réconforts, les courses faites parfois pour ceux qui n’ont pas de proches, pour leur ramener des clopes ou du chocolat. Mais surtout elle distribue des messages d’espoir, personnalisés, authentiques, pour chacun, de ces messages qui réchauffent vraiment le cœur.

Ces Parisiens sont des milliers, tous les jours, à soutenir d’autres Parisiens. Ils font Paris. Commerçants souvent, simples voisins, habitants de la ville, ils ne ferment pas les yeux sur ces voisins sans toit, à qui ils portent attention et solidarité. Dans l’ombre presque toujours, parce que c’est normal et que c’est comme ça.

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2 responses to “Menthe, citron, cassis, anis ? Les Parisiens ne sont pas tous des connards égocentriques”

  1. mamengagee says :

    Merci pour ce texte qui fait un bien fou. On pointe en permanence tout ce qui va mal, on s’insurge des faits divers, on ferme sa porte à clé parce qu’on a peur de l’autre…
    Mais ce que tu décris là existe partout et personne n’en parle. Parce que la vraie solidarité n’a pas besoin d’être exposée. Elle est naturelle et quotidienne.
    Merci à toi, du fond du cœur.

  2. Augustina LC says :

    Que d’émotion encore ! Je souscris pleinement, absolument.

    J’entends, là dans ma région (tiens donc, la même peut-être que Billy l’enfant) si souvent, tellement souvent « Paris ? c’est l’horreur, les gens courent comme des malades, c’est chacun pour soi ».
    J’ai appris à découvrir Paris et j’y rencontre régulièrement des gens serviables et souriants. Forcément, ceux-là, on ne les voit pas dans les médias ou si peu…

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