Si ça c’est pas de l’amour…

Ils étaient une centaine ce dimanche soir à festoyer gaiement, manger des bons trucs, exécuter quelques pas de danse sur des airs d’accordéon et de violon, se serrer la pince, se faire des bises et se tomber dans les bras, échanger des nouvelles et des blagues.

Quand je suis rentrée dans la salle, je les ai vus, là, tous ensemble, et je me suis dit qu’ils étaient beaux. Et que la magie avait encore opéré.

Ce qui les réunit ? Avoir osé déconstruire les représentations.
Les uns ont choisi de voir en les autres plus que des gens « sans ». Sans-abri, sans-toit, sans-travail, sans-papier, sans-la-santé, etc. Ils sont allés les voir, et ont rencontré des gens « avec ». Avec une histoire, des passions, des envies, des qualités. Ils les ont trouvés uniques, bien sûr, comment aurait-il pu en être autrement ?
Les autres ont choisi de voir en les uns plus que des « gosses de riches qui se donnent bonne conscience ». Ils ont accepté leurs visites, ont appris à les connaître, ont apprécié leur présence, leurs qualités, leurs sourires. Et ils les ont aussi trouvés uniques, bien sûr, comment aurait-il pu en être autrement ?

Ils se sont vus une fois, deux fois, vingt fois, des centaines de fois. Sur le bitume, à la chaleur d’une bouche d’aération, sur un banc, dans le métro, dans des hôpitaux, des centres d’hébergement, des hôtels miteux, des maisons de retraite et trop rarement des appartements. Ils ont joué aux dominos ou au rami, ont éclaté de rire, fêté des anniversaires, des bonnes nouvelles, des naissances. Ils se sont inquiétés les uns pour les autres, à cause des agressions, des maladies, des blessures, de la tristesse et la solitude. Ils ont pleuré ensemble ceux qui sont partis.
Surtout, ils ont parlé, parlé, parlé. Beaucoup.

Et là, l’espace d’une soirée, ils sont réunis encore une fois, pour être ensemble. Parce qu’ils comptent les uns pour les autres.

Je les regarde, et après avoir serré quelques pinces et fait quelques bises, avoir été émue de ces retrouvailles, je pars sur la pointe des pieds.

Et je pédale, dans le froid.
Me réjouissant que d’autres vivent ce qui m’a tant transformée.
Puis je ferme les yeux et continue à rêver, encore, à un monde qui ressemblerait un peu plus à cette soirée. Avec plein d’amour.

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