Si ça c’est pas de l’amour (2)

Je ne suis (normalement) pas trop du genre à balancer une ode à la famille.
Je ne trouve ni formidables ni indestructibles les liens du sang.
J’ai entendu trop d’histoires sur des familles qui détruisent et déconstruisent.
Je défends plutôt les liens que l’on choisit, les familles qu’on se crée.

Ma famille, si je l’apprécie tant, c’est parce qu’aujourd’hui, je l’ai choisie.
Et qu’elle a bien voulu, aussi, me choisir.
Elle n’est pas parfaite, un peu cabossée, elle a son lot de squelettes dans les placards, d’absents qu’on aurait aimé avoir près de nous s’ils ne nous étaient pas devenus si étrangers.

Mais elle est là, elle arrive en train de nuit, en riant, elle a traversé la France, a vendu père et mère à la SNCF parfois. Elle déboule, mange des olives, mets les pieds sur le canapé, parle fort.

Ma famille, ce sont ces gens formidables,
qui font du grand toboggan jusqu’à 58 ans puis réunit tout le monde sur un moment joyeux en bateau;
qui sont capables de se couper de wifi pendant QUATRE jours sans même trop y penser pour venir râper des carottes qu’elle ne mangera pas ;
qui peuvent disserter sur l’empire austro-hongrois à 1h du matin, si si ! ;
qui traversent des océans d’épreuves et qui pour autant reste balaise comme un roc au milieu de la tempête, tu es mon héroïne ;
qui félicitent leurs enfants pour leurs tatouages et piercings qu’elle réprouve pourtant un peu quand même au fond d’elle ;
qui ne reculent ni devant le gaz coupé ni devant le sommeil trop léger pour transformer son deux pièces en dortoir géant et accueillant ;
qui sont là, la goutte au nez mais l’accolade toujours aussi chaleureuse et réconfortante, toi et moi on se comprend, hein ? ;
qui se plaisent à jouer à câlin-bagarre, volant au passage un bisou sur la bouche, même si normalement c’est pour les amoureux, c’est pas grave, non ? ;
qui oublient toutes leurs affaires de sport, hé hé, reviens, on n’a pas eu le temps de faire une seule partie de pala ! ;
qui mangent du gratin de chou (Noëls végétariens, check !) avec le sourire alors même qu’il rêve d’un pavé de rumsteak ;
qui sont là, à la fin de la journée, pour que je pose ma tête sur son épaule et que de tout mon corps je me repose en paix.

Ma famille qui crie fort et court vite se fond parfaitement dans cette ville multicolore que j’habite, dans laquelle les femmes voilées patinent à toute vitesse avec leurs enfants (se rattrapant peut-être des sorties scolaires dont on les a injustement privées ?) ; dans laquelle le décor a de la gueule, avec ses nuages d’usines de traitement de déchets et ses fières grues ; dans laquelle on est communistes de maire en maire.

Ceux là, ceux qui font ma famille, arrivent comme un tourbillon, avant de repartir aussi vite, me laissant toute étourdie.
Je suis faite de ce qu’ils sont et de ce qu’ils partagent.
Je sais la chance que j’ai de pouvoir me bâtir sur eux.
Ils me donnent l’énergie d’affronter le monde extérieur si effrayant. Les incompétents du travail, les gens qui partent trop loin, les projets qui vacillent, les relations qui nous échappent, les maladies qui frappent, l’injustice plus que jamais, les menaces à la liberté, la mort.

Et me voilà à nouveau prête à repartir au combat.
Pour travailler à la construction d’un moi plus confiant, plus ouvert, plus doux.
Pour contribuer un tout petit peu, juste un peu, à peine un peu, à un monde plus juste et plus beau. Enfin, en commençant par ne pas nuire, déjà. Déjà.

Merci.

Décor urbain, 26 décembre 2013

Décor urbain, 26 décembre 2013

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