Le vent se lève, il faut tenter de vivre !

Du haut de son poste à très hautes responsabilités, et à cause d’enjeux institutionnalo-politico-absurdes, il a licencié un collègue aussi compétent qu’investi. Il a ainsi fragilisé un homme, et une équipe compétente, investie, qui tente simplement de bien faire son travail. Étiquette : homme à responsabilités.

Il chante très fort en pleine rue ou sur les quais du métro pour couvrir des voix envahissantes dans sa tête, qui lui promettent tous les malheurs du monde. Ça marche plutôt pas mal, il s’épargne ainsi des blessures supplémentaires et vit un petit peu mieux. Étiquette : fou.

Lui, haut perché sur son poste aussi, a mis à pied un professionnel qui essayait de bosser, sur la base d’accusations qui s’avèreront fausses, et sans même écouter sa parole. Étiquette : homme à responsabilités.

Il considère que son obligation de soin (il doit se présenter tous les matins au centre médico-psychologique) est une violation de sa liberté, et qu’elle l’empêche de vivre. Il se sent enfermé, il respire mal, dit qu’il mourra de ça. Étiquette : fou.

Lui encore, si haut placé toujours, paralysé dans son travail et sa pensée, incapable d’innover et de s’ouvrir : et si je me retrouve devant les tribunaux ? Étiquette : homme à responsabilités.

Il récupère tout ce qu’il trouve, retape les objets et leur redonne de l’éclat, les superpose dans son logement, en remplit son lit, sa salle de bain, sa cuisine, ça déborde de partout. Il n’aime pas le gaspillage, et ça le rassure. Étiquette : fou.

Et lui donc, ne l’oublions pas, capable de reconnaître en privé les dysfonctionnements de son salarié, ses défaillances et les dangers qu’il fait courir à son service. Et en public, de le soutenir, valider ses décisions, répondre favorablement à ses requêtes. Étiquette : homme à responsabilités.

Ainsi vont les étiquettes, collées sur les fronts. Elles ne viennent jamais seules. Avec l’étiquette d’homme à responsabilités viennent salaire et reconnaissance, qui rendent la vie bien plus simple. Avec celle de fou vient la stigmatisation, et ce qu’elle entraîne de pauvreté, d’exclusion et de faible estime de soi, qui rendent la vie bien plus compliquée. Tellement pas juste.

Alors que ces hommes, finalement, essaient chacun, avec plus ou moins de brio (suivez mon regard) et de conséquences pour les autres (dans le même sens, mon regard), de faire face aux difficultés qu’ils rencontrent, et de poursuivre leur chemin. Parce qu’avant tout, « Le vent se lève… il faut tenter de vivre ! »*

Du 10 au 23 mars 2014, la semaine d’information sur la santé mentale propose une série d’événements, pour décoller un peu les étiquettes qui font le plus mal. A retrouver ici : http://semaine-sante-mentale.fr/

* Merci à Miyazaki Hayao d’avoir remis au goût du jour cette citation du très beau poème de Paul Valéry, Le Cimetière marin.

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