Vie de maraudeur (bénévole) du soir

Je viens de retrouver ce texte qui date de juin 2009, et l’envie m’a prise de le partager. Plongée dans le passé…

Marauder, pour moi, c’est…
Regarder la météo autrement, se dire que putain il pleut, merde ça cogne, ouf ça se maintient, va y avoir de l’orage ?
L’odeur des soupes en sachet, des plaques chauffantes, de la pisse, de la bière, du café.
Un garçon de 14 ans, pieds nus, en tee-shirt et jean trop court, par une nuit de grand froid, qui raconte l’Afghanistan d’où il vient et l’Angleterre où il va.
S’assoir sur ses idées, se prendre des claques, virer de bord.
Une présence indéfectible, absolument indéfectible.
Porter un peu de la vie d’inconnus, qui du coup ne le sont plus, et en partager quelques grammes, pour que ce soit moins lourd.
Se résoudre à l’impuissance, pleurer sur l’impossible.
Des blagues drôles, des bouts de chansonnettes, des franches parties de rigolade.
Détester l’AS qui demande si nous, on peut pas lui trouver quelque chose car vous savez, pour les Polonais, y a vraiment rien.
Se noyer dans un sabir hermétique, se perdre dans des yeux embués.
Se dire que putain c’est quand même dégueulasse qu’il y en ait qui doivent dormir dehors, du fond de son lit après une douche chaude.
Une poignée chaleureuse, un baisemain baveux, une bise volée, une main qui se cache.
Créer une cartographie parallèle de Paris.
Se perdre à trop vouloir donner de sens.
Annoncer que non, y a plus de place, il fait moins froid maintenant.
Poser les yeux sur des mondes cachés, s’approcher de réalités inconnues.
Voir quelqu’un qui a une putain de patate, et qui la refile direct.
Une seconde vie cachée.
Écouter des pompiers qui disent que lui a la gale, lui est alcoolique, lui est gentil et lui est un con, prendre sur soi, et sourire pour que putain, ils emmènent le gars à l’hôpital.
Ne rien faire, et se dire que c’est déjà ça.
Voyager en Pologne, au Sri Lanka, en Inde, en Algérie ; dobra notz et vanakam.
Être là, toujours, un repère, une voix, un bonjour.
Lutter de toutes ses forces contre le besoin de donner, faire, remplir.
Se délecter d’une bonne tirade anti-Sarko.
Reculer sur le chemin de la culpabilité.
Les ESI, EMA, PSA, et autres CCAS et CASVP.
Se sentir écrasé par le poids d’une histoire décidément trop lourde.
Visiter les prisons, connaître les foyers, voir les cicatrices.
Un bon feu de bois, au bord d’un canal.
La peur d’être face à soi.
Parler de foot, de films, de voyages et de rêves.
Des identités griffonnées sur des bouts de papier, remplacées par les suivantes.
Faire un peu siennes des envies improbables.
Se faire violence, comprendre l’incompréhensible, voir l’invisible.
Regretter d’être passé si vite, de ne pas avoir su voir, d’avoir poursuivi sa route un peu trop rapidement.
Des matelas, des cartons, des duvets, des bâches, des sacs, des couvertures.
Marcher sur un fil.

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