Le manifeste du bisounours

Voici une modeste tentative de réponse à ceux qui souvent sur mon chemin ont prononcé et prononcent le mot bisounours pour discréditer mon action ou ma parole, l’action ou la parole de mes collègues ou amis engagés dans des actions de solidarité (en l’occurrence auprès de personnes sans-abri), en bénévoles ou salariés, toujours professionnellement. Ce mot résume la critique qui nous est faite, celle d’être (au choix, plusieurs options possibles) trop naïfs, laxistes, utopistes, sentimentaux, tolérants, gentils, angéliques, etc.
Cette réponse est également rédigée dans une démarche d’auto-persuasion et de réassurance. Ainsi que dans un élan d’amour pour mes amis bisounours.

1. Fier tu seras
Quand sur ton chemin on balaiera ton action ou tes mots du revers de la main sous prétexte que tu fais partie de la catégorie des bisounours, tu te rappelleras que c’est un honneur qu’on te fait. La fierté bisounours, c’est maintenant.

2. Du côté des lois tu te placeras
Tu ne te résoudras pas aux droits bafoués, aux lois non appliquées. Par exemple, le droit de chaque personne à choisir son lieu de soin, ou bien encore la continuité de l’hébergement, et même le droit au logement. Tu n’accepteras pas comme fin de non-recevoir que ‘oui, c’est la loi, mais en réalité c’est comme ça que ça se passe un point c’est tout’.

3. Tes émotions tu écouteras
Entendre ta peur, ta tristesse, ta joie, ta colère, ton amour t’aidera. Tu ne lutteras pas contre, tu travailleras avec, parce que c’est toi qui es là, aux côtés des personnes que tu accompagnes, pas une version de toi sans émotions. Et que connaître et comprendre ce toi tout entier qui travaille sera une vraie aide. Professionnel n’a jamais voulu dire imperméable. Si tu ne vois pas de quoi je parle, Jaddo en cause bien mieux ici : E-A-U (et ça ne veut pas dire Emirats Arabes Unis).

4. En l’avenir tu croiras
Oui, le meilleur est toujours possible. Non, l’échec n’est jamais prévisible.
Du coup, tu ne cèderas pas aux tentatives d’enterrer projets, rêves et espoirs de quiconque. Par exemple, tu ne diras pas des trucs comme ‘bah, lui, il va se planter/ on sait comment il va réagir/ on va au casse-pipe/ c’est pas la peine d’essayer’. Parce qu’en vrai, tu n’en sais rien. Alors par défaut, tu imagineras que c’est possible, ce qui augmentera automatiquement les chances que ce soit effectivement possible. Tu vois, même stratégiquement, ça vaut le coup.

5. Le plaisir tu chercheras
Dans ton engagement, tu te souviendras que plaisir va de pair avec efficacité. Qu’un travail fait à reculons est toujours moins bien réalisé qu’un travail exécuté avec plaisir. Mais que surtout, prendre du plaisir ensemble, avec les personnes accompagnées, c’est avancer vers le côté positif de la vie, celui qui donne de l’énergie pour continuer. Pour toi comme pour elles. Tu n’auras donc pas de gêne à prendre du plaisir dans le quotidien de l’accompagnement, bien au contraire.

6. Aux cartes tu joueras
Jouer au cartes, aller à la piscine, partir à la mer, cuisiner sont des véritables boosters dans l’accompagnement. Donc tu ignoreras superbement ceux qui trouvent qu’être payé (si tu es payé, mais même si t’es bénévole, on te dira que ça n’a pas de sens) à jouer aux dominos, c’est vraiment a-bu-sé. Tu sais que ce n’est pas forcément facile, mais tu n’arrêteras pas pour autant. Être avec, plutôt que faire pour.

7. La parole de chacun tu entendras
Tu donneras valeur et crédit à la parole de chacun et de tous, sans aucune exception. Tu refuseras par exemple de dire ‘oui, bon, c’est ce qu’il dit’ en sous-entendant que de toute façon, il raconte n’importe quoi, ou encore qu’il ne sait pas très bien ce qu’il dit, justement, qu’il n’est pas lucide/ conscient/ sain d’esprit. Tu n’oublieras pas que chacun reste le mieux placé pour savoir ce qu’il vit et ce qu’il veut.

8. Le respect tu gagneras
Tu ne partiras pas du principe que le respect t’es dû de par ta position ou ta profession. S’il t’est dû parce que tu es humain, tu ne t’attendras pas à une déférence particulière, à une soumission directe à ton autorité. Tu ne t’appuieras pas sur ta position pour imposer une relation de pouvoir. Si tu ne vois pas de quoi je parle, Élodie Wiart le développe très bien ici : Je ne travaille pas avec des poules.

9. La liberté tu défendras
Tu te placeras toujours du côté de la liberté, contre les normes et la normativité. Tu considèreras comme une réelle richesse les différences de modes de vie, les rêves, les envies, les choix incroyables et si déstabilisants de chacun. Tu feras confiance à chacun pour prendre les décisions qui le concerne, vivre ses propres expériences, vivre tout court.

10. Une touche de rébellion tu garderas
Tu n’oublieras pas le contexte social, économique, sociétal et politique au sein duquel tu vis. À ce sujet, tu peux lire Je suis des leurs, de Célia Carpaye.

À mes amis bisounours. Et à Elsa, Tristan et Diego, les bébés-bisounours (oui, le bisounours se reproduit).

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One response to “Le manifeste du bisounours”

  1. Babeth says :

    Je suis un Bisounours et j’assume! On lâche rien, un jour les gentils nounours domineront le monde… hé hé hé…

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