L’HP, mes doutes et la valse

Aujourd’hui, je t’ai accompagnée à l’HP.
Je suis ressortie, tu étais enfermée.
Je doute.

On s’était pas vues depuis longtemps, j’ai suivi ma collègue, j’ai frappé à ta porte. Tu as ouvert, on s’est installées sur le canapé.

J’ai vu tes yeux figés, tes yeux dans tous les sens, tes yeux absents, tes yeux parasités.
J’ai entendu laissez-moi tranquille, je veux voir personne, je suis grande, merci bien.
J’ai vu tes larmes, tes tremblements, l’appartement sens dessus-dessous.
J’ai entendu la liberté et l’indépendance que tu réclamais, touche-moi-pas.

Alors j’ai parlé, beaucoup, sûrement trop.
Tu as répondu un peu, peu.
Tu ne voulais pas, j’ai insisté, tu ne voulais toujours pas, j’ai encore insisté.

Tu n’as jamais dit oui, mais à un moment, j’ai redit encore une fois allez, viens, on y va, et tu t’es levée.
Tu as cherché longtemps deux chaussures qui feraient une paire. Des cigarettes, un sweat.

Tu es montée dans la voiture, j’ai refermé la porte derrière toi. J’ai conduit. Tu t’es tue.
J’ai écouté ma collègue au téléphone se battre pour qu’un service qui te connaît pourtant t’accueille, ils ne voulaient pas, tu appartenais à un autre service. Je l’ai entendue gagner la bataille, j’étais soulagée.

On est entrées dans l’hôpital, il y avait tout. L’odeur, les cris, les visages hagards, les ombres errantes.
On a attendu.
Réfréné nos tics nerveux.
Attendu.
Fumé une clope.
Attendu.

On nous a dit, mais pas à toi, comme si tu n’étais pas la première concernée, qu’on allait te recevoir. Personne ne t’a parlé. Proposé à boire. À manger. Expliqué ce qui allait se passer. Parlé de tes droits.
J’ai relayé les maigres infos que j’avais, mais tu n’écoutais plus.

Puis le soignant est arrivé, tu l’as suivi.
Je ne suis pas rentrée dans la pièce, je ne suis pas soignante.
Je ne sais pas ce que vous vous êtes dit.
J’ai attendu, j’ai vu au JT Valls devenir premier ministre, et mon ventre a continué à se tordre dans tous les sens. J’ai repensé à ma ville coco depuis la guerre et bleue depuis hier soir.

Hospitalisation sous contrainte ce sera.
Ils ont trop peur que tu fugues.
Te voilà enfermée.
Pour ton bien.

J’ai assisté à la signature de la paperasse, aux discussions sur le meilleur choix possible du mode d’hospitalisation sous contrainte.
Tu étais déjà en pyjama, de l’autre côté.
Je n’ai pas pu te saluer.
Tu étais de toute façon déjà ailleurs.

Aujourd’hui, j’ai donc été un élément clef qui a conduit à ton hospitalisation sous contrainte. Au nom de la confiance que je porte à mes collègues.

Pour autant, je doute.

Je rentre, dépose la voiture au bureau, rate mon tram, 14 minutes d’attente, je pleure.
Je ne sais plus si c’est Manuel Valls, toi, moi, les disparus en montagne ou les fenêtres ouvertes sur le vide, mais je pleure.

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