Il n’y aura pas de répit

J’ai dit, écrit, redit, réécrit.
Tant qu’ils mourront, j’écrirai.

La liste s’allonge inexorablement.

Quand j’apprends ta mort, Sylvek, je suis allongée dans l’herbe, au soleil, les montagnes devant moi. Il fait chaud.

Je ne sais plus quoi écrire.
À chaque fois j’espère que je n’aurais plus jamais à écrire, en tout cas pas tout de suite, pas déjà.
Mais j’ai dit que j’écrirai.
Promesse faite à moi-même, vaine lutte contre la mort des gens de la rue.
Mais ça ne te fera pas revenir, Sylvek, que j’écrive.
L’exercice me fatigue.
Je ferme les yeux.

Et te voilà, Sylvek, si jeune, moins de 30 ans peut-être ?
Ton immense sourire, toujours, jusqu’aux oreilles, à chaque fois, sans exception.
Ton accueil si chaleureux, à chaque fois aussi, sans exception non plus.
Ton crâne rasé, tes yeux si bleus, tes oreilles un peu décollées, juste un peu.
Ton français rugueux, ton accent polonais, les kurva qui fusent.
Ta petite amie, son caractère si bien trempé, toi qui l’aimes tant, l’appartement que vous avez habité un temps, et dont tu m’as parlé si souvent.
Ton pays où tu ne pouvais pas retourner, une historie de justice aux fesses, si je me rappelle bien. Les papiers que tu ne pouvais pas obtenir, du coup.
Tes bosses, tes cicatrices, tes blessures, tes bleus, tes cocards, tout le temps aussi, ou presque.
Tous tes potes qui traînaient là, des soirs durant, vous réunis, vous à la rue, mais vous vivants, surtout, et ensemble.

Et maintenant toi mort.
Putain, Sylvek, non.
Reviens, bordel.

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