J’aurais voulu

Romane.
Janusz (prononcer Yanouch, j’y tiens).
Amrik.

Vous ne m’avez pas laissé le temps.
J’aurais voulu pour chacun des mots uniques. Ça n’aurait pas suffit.
Alors j’aurais voulu pour chacun des mots à n’en plus finir, des chapitres, des romans, des pages et des pages.

Vous ne m’avez pas laissé le temps.
Vous êtes morts à quelques jours ou quelques semaines d’écart.
Sans que j’ai le temps des mots pour chacun, sans le temps du deuil qui s’égraine.

Romane, 41 ans.
Janusz, 49 ans.
Amrik, 46 ans.

J’aurais voulu écrire à n’en plus pouvoir ta liberté, Romane.
Mais mes mains sont en panne, mes yeux posés sur ton corps meurtri et la mort qu’on t’a donnée.

J’aurais voulu écrire à n’en plus pouvoir ta générosité, Janusz.
Mais mes mains sont en panne, mes yeux sont restés un peu dans l’odeur de ce couloir qui menait à ta chambre.

J’aurais voulu écrire autant de fois que tu l’as dit « toiicilà, moiicilà », Amrik (et te remercier d’avoir donné un nom à ce blog).
Mais mes mains sont en panne, mes yeux ne décollent pas de ce coin de trottoir où le sang tache encore ma mémoire et les murs.

Romane.
Janusz.
Amrik.

J’aurais voulu écrire l’amour que j’ai pour vous.
J’aurais voulu écrire chaque minute partagée, notre histoire.
J’aurais voulu porter ces deuils comme on porte les deuils classiques, les autres, ceux qu’on peut partager plus facilement. Officiellement.

Mais tout a été trop vite.
Vous êtes morts en une poignée de semaines.
J’étais là parfois mais souvent pas, j’ai pris des trains, j’ai pleuré les annonces ou pas, je m’y attendais ou pas, j’ai pu dire au revoir mais souvent pas.
Le silence et l’hécatombe à la fois.

Mes mains sont en panne, un peu. Alors j’attends.
J’attends que le temps reprenne son rythme de deuil.
J’attends que reviennent une à une les milliers d’images de ce que nous avons vécu. J’attends que renaissent les souvenirs de nos rires, nos espoirs, nos disputes, nos colères, nos jeux, nos joies et nos blagues.

Alors j’écrirai, à n’en plus pouvoir, des mots et des mots, encore des pages. Pour que vos vies éclairent les nôtres, pour que nos mémoires ne se désemplissent jamais de votre souvenir.

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2 responses to “J’aurais voulu”

  1. l'étudiante says :

    je viens de découvrir ce blog, en cherchant ce qui se fait dans la blogosphère sur le travail social, et je viens de lire ce texte… superbe… j’en suis tout émue. je repars donc lire d’autres billets de votre blog.

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