Deux heures avec toi

Un tourbillon. Tu es un tourbillon.
Tu parles, beaucoup. Tu bouges, non-stop, mais c’est un peu aussi à cause de ton traitement.
Tu ne t’arrêtes de rien, jamais. Tes blagues sont drôles et me font rire. Même si tu frises parfois la désobligeance, parce que tu frises parfois la désobligeance.

Cet après-midi là, toi et nous, on a tout le temps. C’est pas toujours. Ça tombe bien, tu as plein de fils à démêler. Tu nous embarques à la mairie aux impôts au cyber au supermarché au PMU chez toi au téléphone avec EDF la CAF la MDPH le CMP ta mère un ami.

Tu parles vite, fort, tu expliques à la dame de la mairie que la meuf qui t’a reçu la dernière fois elle est trop teu-bé, elle t’a zappé direct, qu’on va pas te laisser sans rien comme ça, que sérieux madame comment on peut vivre avec 180 euros par mois, allez, me laissez pas dans la misère, soyez sympa madame !
Tu marches vite, tu cours presque, tu piques une orange sur la route, le vendeur te rattrape, tu lui rends, mais au retour tu retentes, personne ne te rattrape, tu manges l’orange.
Tu t’embrouilles avec une dame parce qu’elle a pas aimé comment t’as parlé à son chien, faut dire tu lui as un peu aboyé dessus. Les insultes et les peaux d’orange volent.
Au téléphone tu cries, au cas où on ne t’entendrait pas, tu négocies des infos qu’on ne veut pas te donner, tes mots en avalanche sont aléatoirement reçus par tes interlocuteurs. Tu nous passes le combiné quand ça se corse.

Tu parles tu parles tu parles. Des blagues, des invitations au mariage, tes activités secrètes et ceux qui ont volé ta vie, contre qui tu porteras plainte, un jour.
On fait la vaisselle et un café.
Sur place tu sautilles tu fais les cent pas tu tiens pas en place, allez, on descend au PMU, on regarde le courrier au passage, on se quittera au coin de la rue.

Le tourbillon s’éloigne.
C’était deux heures avec toi, complètement.
Tu menais la barque, on était près de toi, et un peu en retrait.

Tu es parti.
Je suis un peu sur le trottoir, beaucoup dans ta bulle encore.
J’ai senti ton énergie, j’ai vu les regards que tu posais autour de toi et ceux qui se posaient sur toi, j’ai palpé ton monde.
Il m’a épuisée, il m’a fascinée, il m’a transportée.

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