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Elle s’appelle Zebiba

Elle s’appelle Zebiba et je viens de découvrir son prénom dans cet article Des noms derrières les migrants morts à Calais. Pour la deuxième fois aujourd’hui, la mort de cette Erythréenne vient traverser ma journée.

La première fois c’était chez Myriam cet après-midi, dans la douce odeur du café fraîchement moulu et préparé dans une magnifique cafetière en terre cuite.

Myriam pense à Zebiba sans connaître son nom et elle répète, parce chaque parcelle de son corps a gardé le souvenir du pire, elle dit elle répète que tout ce voyage pour mourir à Calais, vraiment, c’est terrible.

Myriam a vu Calais et elle a fait demi-tour. Elle a dit je suis arrivée jusque là, je reste. Presque étonnée d’être vivante, pas bien sûre que ça durera.

Cet après-midi, elle raconte la galère les papiers la peur la violence les hommes la solitude, sur la route en transit à l’arrivée encore maintenant.

Aujourd’hui Myriam marche sur un fil, le passé est à fleur de peau et le présent comme absent.

Et c’est pour Zebiba morte que ses larmes coulent, c’est vers elle que toutes ses pensées vont.

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La CAF vous souhaite un joyeux week-end de Pâques

Tu voulais téléphoner à la CAF, une attestation à demander, un truc sans importance mais tu n’avais plus de crédit alors tu as attendu notre visite. Tu t’étais déplacé le matin même, mais les bureaux étaient fermés pendant une semaine, ça arrive, les agents sont tous mobilisés pour essayer d’éponger un peu le retard.

On a mis le haut-parleur, habitués que nous sommes aux musiques d’attente et autres joies des institutions au bout du fil, à coups de tapez 1 tapez 2 tapez 3 je n’ai pas saisi votre choix merci de taper à nouveau votre code secret votre délai d’attente est estimé à merci de rappeler ultérieurement nous ne pouvons donner suite. Le haut-parleur, ça nous permet de continuer à causer d’autres choses, on écoute d’une oreille et on papote en même temps. Pratique. Lire la suite

Ce métier impossible de chercheuse d’emploi, ou la fracture numérique

La dernière fois, ça s’est pas très bien passé avec ma conseillère Pôle emploi, tu veux pas m’accompagner ? Je veux bosser, répètes-tu à l’envi, et si ce n’est pas Pôle emploi qui m’aide, qui le fera ? C’est leur boulot, non ?

Tu as sous le bras tout ton dossier. Il y a en vrac des CV, des convocations Pôle emploi, des comptes-rendus de rendez-vous Pôle emploi, des courriers de radiation, des attestations de participation à telle ou telle demi-journée de formation informatique/CV/recherche d’emploi/entretien d’embauche, des fiches d’orientations IAE (insertion par l’activité économique), des offres d’emploi imprimées, des listes d’adresses et de numéros de téléphone d’agences d’intérim. Et tant d’autres papiers, encore. Tu promènes l’ensemble à chaque fois, sait-on jamais. Lire la suite

Ta vie qui vient percuter la mienne. Chapitre 1 : la pauvreté

Ça arrive plusieurs fois par jour, dans ma vie professionnelle.
Ta vie qui vient percuter la mienne de plein fouet, sans prévenir.
Tes expériences tes mots tes gestes qui rentrent par mes yeux mes oreilles ma peau, avant de chercher (parfois longtemps) une place dans mon cerveau mal (ar)rangé.

Ma vie de BBB – bonne blanche bourgeoise –, elle est douce comme du coton, tellement les vies des gens qui m’entourent lui ressemblent. Bon, des fois ça percute quand même. Mais disons, c’est l’exception. Au travail, c’est le quotidien.

Tiens, par exemple, cette fois-ci, j’ai envie de parler des histoires de sous. Lire la suite

Heureusement, c’est les soldes

Slips ou caleçons ? Allez, je prends un paquet de chaque.
Des chaussettes, facile.
Souple ou pas, la brosse à dent ? Medium, ça devrait le faire.
Le rasoir, on oublie. J’ai beau être une novice, ça j’ai pigé.
Un gel douche, un shampoing. Je trouve pas le rayon spécial odeur de bonhommes, j’espère que vanille ça te plaira quand même.
Les tee-shirts col en v, j’évite. Tu trouverais peut-être que ça fait gay et tu n’aimerais pas, ou pas. Ou bien tu te ferais emmerder pour ça, ou pas. Je ne prends aucun risque. Du classique, col rond, et un autre un tout petit peu plus funky, à manches longues.
C’est quoi, déjà, les couleurs proscrites ? Mince, j’ai mal écouté ce que m’a dit Gabriel hier. Je reste sobre. Blanc, gris, noir. Je rajoute un jogging, un sweat. Lire la suite

Deux heures avec toi

Un tourbillon. Tu es un tourbillon.
Tu parles, beaucoup. Tu bouges, non-stop, mais c’est un peu aussi à cause de ton traitement.
Tu ne t’arrêtes de rien, jamais. Tes blagues sont drôles et me font rire. Même si tu frises parfois la désobligeance, parce que tu frises parfois la désobligeance.

Cet après-midi là, toi et nous, on a tout le temps. C’est pas toujours. Ça tombe bien, tu as plein de fils à démêler. Tu nous embarques à la mairie aux impôts au cyber au supermarché au PMU chez toi au téléphone avec EDF la CAF la MDPH le CMP ta mère un ami. Lire la suite

La vie n’est qu’absurde

On se connaît depuis, combien, 18 mois peut-être ? Je ne sais plus exactement.Tu t’appelles Gérard, mais un peu Rosa aussi, comme je l’ai raconté ici : Je suis Rosa et je veux tout.

Ça y est. Tu es viré de ton appart. Lire la suite

Ils ne gagneront pas toujours, hein ?

Des mois que tu es hospitalisé en psychiatrie, sous contrainte.

Une hospitalisation que tu ne comprends pas, tu ne vois pas ce que tu as fait de répréhensible, même si quand tu nous racontes les événements, nous on imagine un peu quand même pourquoi la contrainte. On a l’impression qu’il y a certes du soin dans cette hospitalisation, mais qu’il y a aussi un peu de volonté de faire justice, et d’enfermer ainsi d’une autre manière, pour faire payer un peu. Mais peut-être que j’extrapole.

Une hospitalisation faite presque uniquement de rapports de force avec ton psychiatre et l’équipe soignante, faite de punitions et de récompenses. Par exemple, si tu te comportes bien, tu as le droit de voir notre équipe. Moi j’ai du mal à supporter qu’on fasse du chantage sur notre dos, mais c’est pas comme si j’avais mon mot à dire là-dessus. Alors tu nous racontes le jeu de rôle que tu joues, ce que tu dis à qui, les mots exacts qu’ils veulent entendre. Lire la suite

Tant de souffrances dans ton corps réunies

Tu nous ouvres à peine la porte, je ne veux plus jamais vous voir, ni vous ni personne, mais tu commences à parler et tu ne t’arrêtes plus. Alors on reste, on s’invite un peu, on questionne doucement, et tu déballes si vite, si pleinement, si longtemps.

Tu décris avec précision l’enfer dans ta tête.
Tellement de précisions que ça devient réel.
Tu nous fais toucher du cœur ta souffrance et ça fait très mal.
Ma parole, ça ressemble vraiment à l’enfer. Lire la suite

L’hôpital dans la forêt

Un mois et demi ont passé depuis que j’ai accompagné Mina se faire hospitaliser en psychiatrie. J’avais à l’époque écrit mes doutes et mon désarroi, ici : L’HP, mes doutes et la valse.

Je ne l’ai pas revue depuis.
Je vais lui rendre visite.
J’appréhende un peu.
Je crains sa colère et ses reproches.
Je ne sais pas encore à quel point je me trompe de peur. Lire la suite

Trois jours de sexe non-stop

C’était Pâques.
Il y avait de l’agneau, des œufs en chocolat, des week-ends loin du tumulte quotidien.
Toi, tu n’as pas quitté ta ville, n’as pas été au bled voir ta mère, n’a pas vraiment d’amis.
Tu n’es presque pas sorti de ton modeste studio.
Mais tu viens de passer un week-end de ouf.
Trois jours de sexe non-stop. Lire la suite