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Retour à la terre et aux mots

Carotte et millepertuis, c’est le nom de mon nouveau blog.
Je reprends la plume, mais ici : https://carotteetmillepertuis.wordpress.com/2017/07/03/retour-terre-mots/
Parce que la vie bouge, parce que la terre m’appelle, pour partager tout ça.
Mes premiers posts parlent lune de miel et stage en méditation maraîchage.

Merci d’avoir suivi mes années d’éduc, merci de vos mots encourageants, vos partages d’expérience, votre soutien. Ils ont été précieux, très !

Je serais heureuse de vous retrouver là : https://carotteetmillepertuis.wordpress.com/

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Des bisous, je vous aime.

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Ce soir,

J’ai la rage.
Contre lui, ses poings, sa haine, sa force.
Son mépris, son arrogance.
Sa domination.
Sa croyance que tu lui appartiens.
Sa certitude de sa toute puissance.
Ce qu’il fait de ton corps tout entier.

Je suis triste.
De la peur dans tes yeux.
De l’estime de toi entamée.
De l’injustice encore, de toi qui donnes tant et qui prends si cher.
De tes questions sans fin, qu’est-ce que j’ai fait pour toujours tomber sur des mecs comme ça, est-ce que je suis pas un peu responsable, c’est ça l’amour ? Tu m’en veux, hein, de m’être encore mise dans une histoire pareille ?

Je suis vénère.
Après toi, voisin.
Quand on t’a demandé d’être vigilant, d’appeler la police si tu l’entendais se pointer ou la menacer, tu as dit non, je suis pas une poucave.
Pardon?
Tu as répété, moi j’ai grandi à Drancy, c’est comme ça, la règle c’est l’omerta. Je suis pas une poucave, j’appelle pas la police.
Vous réalisez qu’elle est en danger ?
Je. Suis. Pas. Une. Poucave.
J’aurais pu te déboiter la mâchoire de ta lâcheté au nom d’un soi-disant honneur.

Je suis fière.
De n’avoir pas une seconde eu peur de lui, face à face.
Que sa potentielle violence ne génère que mon mépris.
De Yann, qui m’accompagnait, de sa force sûre et juste.
De toi qui décides que non, tu ne peux plus accepter tout ça, toi qui oses, relèves la tête, prends des risques incommensurables.

J’ai envie.
De le prendre par le col, de le coller au mur, de lui dire des choses comme si tu la violentes encore une fois je t’arrache les couilles.
De te dégoter le prince charmant dont tu rêves. Un mec qui te prenne pas pour son esclave, qui propose de faire la vaisselle quand tu as préparé à manger, avec qui tu auras des enfants que vous élèverez ensemble, tu as entendu dire qu’il y a des couples où ça se passe comme ça, c’est vrai, c’est possible ?
De dormir d’un sommeil noir et profond.

Tout le monde est tellement trop jeune pour être là où il est, ce matin là

Ils sont 6 réunis autour du cercueil.
Moyenne d’âge, 35 ans.
Âge du mort, 60 ans dans quelques jours.
Tout le monde est trop jeune, ce matin là.

Les jeunes sont trop jeunes pour encore un matin enterrer un mort trop jeune pour mourir.

Le mort est mort trop jeune (bon, 60 ans, quand même, c’est vrai que c’est plus très jeune, mais de là à mourir ?), d’avoir tellement baroudé le monde et pris la mer, insulté la police et terminé menottes aux poings fesses au sol, bu des coups jusqu’à pas d’heure chez Josette, traîné son cuir dans les bas quartiers, chanté Johnny, acquis le titre de roi des biffins, distribué sa minuscule richesse avec légèreté, partagé donné aimé, ri au nez de la vie, ri de la vie, dormi des nuits et des années dans un réduit, une cave, son bouiboui.

Les jeunes ont la jeunesse de l’engagement, ils l’ont côtoyé 8 ans (8 ans !) des soirs et des nuits sur le trottoir à se faire d’abord insulter (genre trash, vraiment, je suis encore choquée en y repensant, je vous l’épargne), avant d’être adoptés comme ses grands gamins.

Les jeunes sont heureux qu’il y ait un presque vieux, un du même âge que le mort, un vieux copain de tous les plans foireux, tous les jolis moments, toutes les nuits à refaire le monde avant d’aller se pieuter chacun dans sa galère. Le presque vieux ne remplace pas la sœur, le frère, les cousins, les marins, le clan, les bandes d’amis, les collègues, il ne remplace aucun absent mais il fait reculer un peu la solitude et c’est tellement, pour les jeunes, ce matin là. En plus il est drôle, en plus il fait revivre le mort de tant de souvenirs partagés.

L’envol vers les souvenirs, la nostalgie déjà, les regrets aussi un peu s’achève là, avec ces vis posées sur le cercueil.
Incroyable, ce grand écart : on est en prise avec le sens de la vie et la mort, et bim :
le cercueil,
les vis qu’on visse sur le cercueil avec un petit tournevis de poche ou à la main,
les tréteaux sous le cercueil,
le corbillard,
la petite attache pour fixer le cercueil,
une destination,
des itinéraires routiers,
des horaires.
C’est terre à terre, nous y sommes.

Que restera-t-il de ces heures de trottoir partagées, de cet amour indescriptible entre ces jeunes et moins jeunes qui pourtant se ressemblent si peu, de ces rencontres improbables qui m’ont tant construite ?

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La crise

Elle monte, la crise.
Elle continue à monter, on sait pas bien quand elle va s’arrêter de monter. Un peu comme le prix de l’immobilier dans les grandes villes.
Elle s’emballe, la crise. Et ça fout le bazar total, ça te fait galérer grave.

Elle te transforme en un magma d’émotions et de réactions bizarres.
Tu te balades dans la rue avec un 16 mm, tu restes des heures devant la porte de ton voisin en l’insultant, tu menaces ta mère et l’accables de reproches. Lire la suite

J’aurais voulu

Romane.
Janusz (prononcer Yanouch, j’y tiens).
Amrik.

Vous ne m’avez pas laissé le temps.
J’aurais voulu pour chacun des mots uniques. Ça n’aurait pas suffit.
Alors j’aurais voulu pour chacun des mots à n’en plus finir, des chapitres, des romans, des pages et des pages. Lire la suite

Mon cassoulet avait le goût de tes coquillettes

Je suis dans ces trains que j’aime tant, ter et intercités qui traversent la France. Dehors le jour se lève sur la pluie, le vent, le vert et la campagne. Dans ma tête se mêlent la peur, les souvenirs, l’urgence de te voir. L’ailleurs terrifiant est là le temps d’un dimanche à la campagne. Lire la suite

Je meurs un peu chaque jour

La vie est là, bruyante, brutale, assassine.

Je ne veux pas le voir.
Je l’ignore, je le nie, je le refoule.

Les pas-gentils-du-tout, ça ne peut pas exister.
Ça ne peut pas. Pas vraiment. Pas totalement.

Mais la vie se fout de ma naïveté.
Elle est là dans toute sa violence et son injustice.
La vie est là qui te tue. Lire la suite

Les mots de la rentrée

C’est vendredi. Une journée ordinaire d’une semaine de rentrée. J’avais prévu la frénésie, la voilà. C’est fou, le nombre de mots qu’on entend, qu’on prononce, qu’on écrit et qu’on lit en une seule journée. C’est fou, le nombre de mondes qui se croisent, qui se répondent un peu, parfois, ou pas du tout. C’est fou, ce tumulte des mots.

D’abord l’horreur de Sabra et Chatila découverte au petit matin, les corps, le sang, le silence. Des mots en cascade, des mots d’horreurs, des mots insupportables, des mots qui coupent la voix.1

Puis ils ont rebranché EDF ! Finis la peur du noir, les bougies, dormir chez le cousin. Des mots de soulagement, de joie, des cris presque. Des mots qui réjouissent, des mots légers. Lire la suite

Sa Majesté

Le bateau glisse lentement sur l’eau. Autour, la mer. Partout, la mer. Noire. Seule la lune l’éclaire doucement, par intermittence. Quelques reflets entre deux nuages, l’écume devenue brillante l’espace d’un instant. Mais surtout, une masse noire, silencieuse, à perte de vue. Lire la suite

J’ai 30 ans et j’étudie toute proposition de révolution

La lune se lève, ronde, lumineuse et puissante.
Je la regarde, elle m’apaise.
Elle accompagne la colère qui monte en moi.
Une colère entière, forte, en feu.
Une colère qui monte, croît, brûle.

Colère pour tout ce que j’ai vu.
Colère pour tout ce que je n’ai pas vu.
Colère pour tout ce que j’imagine. Lire la suite

Parfois, j’ai envie d’abandonner

Parfois, j’ai envie d’abandonner.

J’ai envie de pouvoir prendre l’avion une voiture un steak sans réfléchir au bilan carbone et à l’impact écologique de mon geste. De ne pas voir les enjeux de pouvoir et de domination dans les relations de genre, de soins, de classe, d’origine, professionnelles, éducatives. D’oublier les injustices les inégalités les offenses à la dignité les privations de liberté. De trouver normal d’être si privilégiée d’avoir été si protégée. De trouver rassurante et apaisante l’autorité de chefs si peu bienveillants. De m’en remettre à une religion un parti politique une secte. De consommer des produits fabriqués au Bengladesh et à la durée de vie si courte sans penser à la durée de vie si courte des petits humains qui les ont confectionnés. De ne rien savoir des exclusions des précarités subies des vies de lutte sans fin. De remettre des certitudes sur les mots folie et normes.

J’ai envie d’oublier la vie qui pique, le noir, le silence, le vide, les rêves inaccessibles et les amours imaginaires.

J’ai envie de fermer les yeux, d’être bercée par des chants basques ou japonais, et qu’on me répète que tout ira bien. Et j’ai envie d’y croire.

L’HP, mes doutes et la valse

Aujourd’hui, je t’ai accompagnée à l’HP.
Je suis ressortie, tu étais enfermée.
Je doute.

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Arrête de me faire rire, je voudrais pleurer

Tu t’es coupé les cheveux ? Quand ? Ah, t’es moche, comme ça. C’était mieux avec les cheveux plus longs. Tu dis ça avec un aplomb et une gouaille qui me font rire aux éclats. Tu le penses, tu le dis. Simplement, mais en criant fort, puis tu te rattrapes un peu, non mais t’es belle quand même comme ça, hein, c’est juste c’est mieux les cheveux plus longs. C’est dit, je ris. Lire la suite

Je suis Rosa et je veux tout

« Je suis Rosa et je veux tout, je suis Rosa la Rouge » chante Claire Diterzi.
J’ai passé beaucoup de temps avec Rosa la semaine passée.
Rosa s’appelle Gérard.

Gérard aime les plaisirs et les respirations que lui procurent la bière, les co-dolipranes, un rail de coke. Peu importe que ces produits le fragilisent aussi un peu, beaucoup, depuis le temps. Sa tête tourne, il aime. Lire la suite

Le manifeste du bisounours

Voici une modeste tentative de réponse à ceux qui souvent sur mon chemin ont prononcé et prononcent le mot bisounours pour discréditer mon action ou ma parole, l’action ou la parole de mes collègues ou amis engagés dans des actions de solidarité (en l’occurrence auprès de personnes sans-abri), en bénévoles ou salariés, toujours professionnellement. Ce mot résume la critique qui nous est faite, celle d’être (au choix, plusieurs options possibles) trop naïfs, laxistes, utopistes, sentimentaux, tolérants, gentils, angéliques, etc.
Cette réponse est également rédigée dans une démarche d’auto-persuasion et de réassurance. Ainsi que dans un élan d’amour pour mes amis bisounours.

1. Fier tu seras
Quand sur ton chemin on balaiera ton action ou tes mots du revers de la main sous prétexte que tu fais partie de la catégorie des bisounours, tu te rappelleras que c’est un honneur qu’on te fait. La fierté bisounours, c’est maintenant. Lire la suite

Ça m’étonnerait même pas que ce soit vrai, ce que je dis

Je suis au bout du rouleau.
Pas de ressources en ce moment, la manche, le deal, un peu d’indic pour mes doses, une maman qui ne répond pas à ma lettre la salope elle a ses raisons.

Tu es au bout du rouleau, ce sont mes mots.
Plus au travail, le canapé, le sommeil beaucoup trop mais que faire. Lire la suite

J’ai une bonne nouvelle

J’ai une bonne nouvelle.
Je ne m’habitue pas.
A force d’apprendre les mauvaises nouvelles, de voir la liste s’allonger, d’enchaîner les cérémonies, j’ai eu peur de m’habituer. De ne plus être affectée par les morts, de ne plus me laisser toucher par les disparitions de ces proches. D’adopter enfin la distance éducative qu’on me vante et dont je ne veux pas. De me blinder, comme on dit, et d’y laisser une part de mon humanité.

Et puis jeudi soir, j’ai appris ta mort. Lire la suite

Si ça c’est pas de l’amour (2)

Je ne suis (normalement) pas trop du genre à balancer une ode à la famille.
Je ne trouve ni formidables ni indestructibles les liens du sang.
J’ai entendu trop d’histoires sur des familles qui détruisent et déconstruisent.
Je défends plutôt les liens que l’on choisit, les familles qu’on se crée.
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