Archive | La rue au quotidien RSS for this section

J’aurais voulu

Romane.
Janusz (prononcer Yanouch, j’y tiens).
Amrik.

Vous ne m’avez pas laissé le temps.
J’aurais voulu pour chacun des mots uniques. Ça n’aurait pas suffit.
Alors j’aurais voulu pour chacun des mots à n’en plus finir, des chapitres, des romans, des pages et des pages. Lire la suite

Il n’y aura pas de répit

J’ai dit, écrit, redit, réécrit.
Tant qu’ils mourront, j’écrirai.

La liste s’allonge inexorablement.

Quand j’apprends ta mort, Sylvek, je suis allongée dans l’herbe, au soleil, les montagnes devant moi. Il fait chaud. Lire la suite

Si ça c’est pas de l’amour…

Ils étaient une centaine ce dimanche soir à festoyer gaiement, manger des bons trucs, exécuter quelques pas de danse sur des airs d’accordéon et de violon, se serrer la pince, se faire des bises et se tomber dans les bras, échanger des nouvelles et des blagues.

Quand je suis rentrée dans la salle, je les ai vus, là, tous ensemble, et je me suis dit qu’ils étaient beaux. Et que la magie avait encore opéré. Lire la suite

Menthe, citron, cassis, anis ? Les Parisiens ne sont pas tous des connards égocentriques

Dans ma province région natale, et dans plein d’autres, on me dit que Paris c’est la folie, que les gens ne se disent plus bonjour et se foncent dessus, qu’il n’y a plus de lien social, qu’il faut être fou pour apprécier. Moi je suis peut-être trop naïve ou bisounours, on me le dit aussi, mais ce que je vois quand je vais à Paris, c’est de la solidarité tissée à chaque instant, dans l’ombre.

Je pense à ce serveur de ce bar dans lequel je me pose à mes heures perdues. J’aime l’entendre égrainer la liste des sirops menthe citron cassis anis fraise Lire la suite

Good Cop, Bad Cop

Michel a dormi dehors des années durant. Un jour parmi d’autres, caractérisé néanmoins par des températures particulièrement basses, il croise un good cop qui lui propose d’aller dormir au chaud au commissariat, quand même avec un temps pareil vous seriez mieux là-bas même si c’est pas très confortable. Michel confirme, c’était pas très confortable, pas de matelas ni rien, m’enfin, avec le temps qu’il faisait, ça a fait du bien quand même d’être à l’intérieur. Le good cop lui dit que quand vraiment il a trop froid, que c’est trop dur, il peut revenir, que c’est leur mission aussi de protéger les citoyens. Michel met ça dans un coin de sa tête. N’y retourne pas tout de suite. Mais un soir où vraiment il a trop froid et c’est trop dur, il y va. Sonne et entre. On m’a dit que… Ah mais pas du tout Monsieur, on n’est pas un centre d’hébergement ici, au revoir ! Le sang de Michel ne fait qu’un tour, sa langue n’a pas le temps d’en faire sept qu’il arrose le bad cop d’un « sale con ». Outrage à agent, garde à vue. Michel a dormi au chaud ce soir là. Il faut voir son visage hilare quand il raconte cette anecdote.

P.S: ceci est une histoire vraie, hein. Comme d’hab.

J’écris ma tristesse qu’ils ne soient plus là

J’écris pour Lubomir, parce que c’est pour lui que le téléphone a sonné aujourd’hui 22 juillet 2013. Le même ton sur le répondeur, les mêmes mots, rappelle-moi quand tu peux, et je sais déjà que je rappelle simplement pour savoir de qui il s’agit. Qui est (encore) mort de la rue? J’écris pour Romane, qui reste. Elle a vu pire, elle continuera à se battre avec l’énergie de ceux qui sont presque de l’autre côté, qui avait imaginé qu’elle lui survivrait? Lire la suite

Qu’est-ce que tu dis ? Demande à Rafael !

Rafael dort dehors depuis des années. Il ne se déplace pas PSPM pour aller dans des CHU. Un temps, il a fréquenté le CHAPSA, mais Nanterre ça fait trop loin pour lui maintenant. Lire la suite

A Mickael, mort de la rue

J’avais oublié comment c’est quand la mort frappe à la porte.

J’avais oublié l’épée de Damoclès au-dessus de nous tous, certes, mais encore plus au-dessus de ceux d’entres-nous qui ont connu ou connaissent la vie à la rue.
J’avais oublié le cœur qui s’accélère, les jambes qui se dérobent, le cerveau qui s’embrume en apprenant sur un mail le décès d’un homme que je connais. Lire la suite

Dans l’humanisation des centres d’hébergement, faudrait pas oublier l’humain

Il faut prendre le métro jusqu’à une station aux portes de la ville. Puis il faut marcher longtemps le long d’un immense chantier, qui dure depuis des mois. Il n’y a pas vraiment de trottoirs, mais en longeant la route on ne peut pas vraiment se perdre. Il faut juste bien savoir où on va.

On y accède par une porte taillée dans l’immense mur de béton qui sépare le chantier de rails désaffectés. Le centre d’hébergement est là, juste derrière. Au milieu du chantier, et de rien d’autre qu’un chantier. Sans commerces, sans espaces publics, sans rien. Un no man’s land. Lire la suite

Mamie devant la justice

Les habitants du quartier l’appellent Mamie parce qu’elle est petite, menue, très ridée et adorable. Comme le dit si bien un bénévole, elle est le premier « bonjour » de très nombreux voisins, et contribue à mettre un rayon de soleil dans le quotidien des clients de la supérette devant laquelle elle passe ses journées. Mais face au juge, Mamie n’en menait pas large et tremblait comme une feuille. Il était temps pour elle de répondre de ses actes : avoir fait usage d’une arme de catégorie 6. Lire la suite

De quoi se réjouit-on ? Ou le scandale des hôtels au mois

Hier, un Monsieur qui a dormi tant d’années à la rue qu’on ne les compte plus a dormi au chaud dans un lit avec des draps. En soi, une bonne nouvelle, non ? Les nuits commencent à être vraiment fraîches, en ce mois de décembre.

Monsieur a intégré un hôtel parce qu’un hôtelier avait une chambre vide, et que ce dernier savait qu’il pouvait compter sur les associations pour ne pas la laisser inoccupée longtemps. Nous avons donc joué les intermédiaires, en informant Monsieur de cette possibilité. Il a dit oui rapidement, comme si c’était une évidence. Lire la suite

Défendre les faibles, un privilège ?

C’était un soir de semaine, sur les coups de 22h, la pluie commençait à tomber. Une altercation éclate, un homme très alcoolisé et titubant se prend une volée par 4 autres hommes. Quelques coups de poings et balayettes bien envoyés. Il avait eu le malheur de se défendre par un malhabile coup de pied après qu’on l’a poussé pour le déséquilibrer et rire un peu. Lire la suite

Des couvertures qui brûlent au milieu de la nuit

Abdel dort dehors, dans un léger renfoncement.
Heureusement pour sa vie, Abdel ne dort jamais trop profondément.

Parce que la nuit dernière, à 4h et des poussières, il aurait pu brûler. Des têtes brûlées ont mis le feu à quelques vitrines, quelques véhicules… Et au passage à l’amas d’affaires et de couvertures sous lequel il dormait.

Les pompiers sont intervenus dans le quartier, c’était un feu d’artifice de flammes et de gyrophares. C’est comme ça qu’Abdel le décrit.

Lui, il a éteint les couvertures qui prenaient feu avec une rapidité qui l’a sûrement sauvé.

On ne saura pas si les têtes brûlées savaient qu’il y avait un homme sous les affaires. Peut-être que c’est mieux comme ça?