Les mots de la rentrée

C’est vendredi. Une journée ordinaire d’une semaine de rentrée. J’avais prévu la frénésie, la voilà. C’est fou, le nombre de mots qu’on entend, qu’on prononce, qu’on écrit et qu’on lit en une seule journée. C’est fou, le nombre de mondes qui se croisent, qui se répondent un peu, parfois, ou pas du tout. C’est fou, ce tumulte des mots.

D’abord l’horreur de Sabra et Chatila découverte au petit matin, les corps, le sang, le silence. Des mots en cascade, des mots d’horreurs, des mots insupportables, des mots qui coupent la voix.1

Puis ils ont rebranché EDF ! Finis la peur du noir, les bougies, dormir chez le cousin. Des mots de soulagement, de joie, des cris presque. Des mots qui réjouissent, des mots légers. Lire la suite

Sa Majesté

Le bateau glisse lentement sur l’eau. Autour, la mer. Partout, la mer. Noire. Seule la lune l’éclaire doucement, par intermittence. Quelques reflets entre deux nuages, l’écume devenue brillante l’espace d’un instant. Mais surtout, une masse noire, silencieuse, à perte de vue. Lire la suite

La vie n’est qu’absurde

On se connaît depuis, combien, 18 mois peut-être ? Je ne sais plus exactement.Tu t’appelles Gérard, mais un peu Rosa aussi, comme je l’ai raconté ici : Je suis Rosa et je veux tout.

Ça y est. Tu es viré de ton appart. Lire la suite

Ils ne gagneront pas toujours, hein ?

Des mois que tu es hospitalisé en psychiatrie, sous contrainte.

Une hospitalisation que tu ne comprends pas, tu ne vois pas ce que tu as fait de répréhensible, même si quand tu nous racontes les événements, nous on imagine un peu quand même pourquoi la contrainte. On a l’impression qu’il y a certes du soin dans cette hospitalisation, mais qu’il y a aussi un peu de volonté de faire justice, et d’enfermer ainsi d’une autre manière, pour faire payer un peu. Mais peut-être que j’extrapole.

Une hospitalisation faite presque uniquement de rapports de force avec ton psychiatre et l’équipe soignante, faite de punitions et de récompenses. Par exemple, si tu te comportes bien, tu as le droit de voir notre équipe. Moi j’ai du mal à supporter qu’on fasse du chantage sur notre dos, mais c’est pas comme si j’avais mon mot à dire là-dessus. Alors tu nous racontes le jeu de rôle que tu joues, ce que tu dis à qui, les mots exacts qu’ils veulent entendre. Lire la suite

J’ai 30 ans et j’étudie toute proposition de révolution

La lune se lève, ronde, lumineuse et puissante.
Je la regarde, elle m’apaise.
Elle accompagne la colère qui monte en moi.
Une colère entière, forte, en feu.
Une colère qui monte, croît, brûle.

Colère pour tout ce que j’ai vu.
Colère pour tout ce que je n’ai pas vu.
Colère pour tout ce que j’imagine. Lire la suite

Tant de souffrances dans ton corps réunies

Tu nous ouvres à peine la porte, je ne veux plus jamais vous voir, ni vous ni personne, mais tu commences à parler et tu ne t’arrêtes plus. Alors on reste, on s’invite un peu, on questionne doucement, et tu déballes si vite, si pleinement, si longtemps.

Tu décris avec précision l’enfer dans ta tête.
Tellement de précisions que ça devient réel.
Tu nous fais toucher du cœur ta souffrance et ça fait très mal.
Ma parole, ça ressemble vraiment à l’enfer. Lire la suite

Parfois, j’ai envie d’abandonner

Parfois, j’ai envie d’abandonner.

J’ai envie de pouvoir prendre l’avion une voiture un steak sans réfléchir au bilan carbone et à l’impact écologique de mon geste. De ne pas voir les enjeux de pouvoir et de domination dans les relations de genre, de soins, de classe, d’origine, professionnelles, éducatives. D’oublier les injustices les inégalités les offenses à la dignité les privations de liberté. De trouver normal d’être si privilégiée d’avoir été si protégée. De trouver rassurante et apaisante l’autorité de chefs si peu bienveillants. De m’en remettre à une religion un parti politique une secte. De consommer des produits fabriqués au Bengladesh et à la durée de vie si courte sans penser à la durée de vie si courte des petits humains qui les ont confectionnés. De ne rien savoir des exclusions des précarités subies des vies de lutte sans fin. De remettre des certitudes sur les mots folie et normes.

J’ai envie d’oublier la vie qui pique, le noir, le silence, le vide, les rêves inaccessibles et les amours imaginaires.

J’ai envie de fermer les yeux, d’être bercée par des chants basques ou japonais, et qu’on me répète que tout ira bien. Et j’ai envie d’y croire.

Il n’y aura pas de répit

J’ai dit, écrit, redit, réécrit.
Tant qu’ils mourront, j’écrirai.

La liste s’allonge inexorablement.

Quand j’apprends ta mort, Sylvek, je suis allongée dans l’herbe, au soleil, les montagnes devant moi. Il fait chaud. Lire la suite

L’hôpital dans la forêt

Un mois et demi ont passé depuis que j’ai accompagné Mina se faire hospitaliser en psychiatrie. J’avais à l’époque écrit mes doutes et mon désarroi, ici : L’HP, mes doutes et la valse.

Je ne l’ai pas revue depuis.
Je vais lui rendre visite.
J’appréhende un peu.
Je crains sa colère et ses reproches.
Je ne sais pas encore à quel point je me trompe de peur. Lire la suite

Trois jours de sexe non-stop

C’était Pâques.
Il y avait de l’agneau, des œufs en chocolat, des week-ends loin du tumulte quotidien.
Toi, tu n’as pas quitté ta ville, n’as pas été au bled voir ta mère, n’a pas vraiment d’amis.
Tu n’es presque pas sorti de ton modeste studio.
Mais tu viens de passer un week-end de ouf.
Trois jours de sexe non-stop. Lire la suite

Basile, son appartement, et les habitants chics qui veulent le mettre dehors

Basile a emménagé dans son nouvel appartement il y a 3 mois à peine. Après des années et des années et des années et des années de rue. Plus personne ne sait combien exactement. Basile est très content de son nouvel appartement, il dort pour l’instant sur un matelas posé au sol, continue à parcourir la ville en journée, mais aime y revenir pour cuisiner. Il vient d’installer un canapé, attend d’acheter une troisième chaise pour nous inviter à manger un pot-au-feu, qu’il cuisinera. Basile a été chef cuistot pendant des décennies, c’est sa passion, avec les voyages, la géographie et la musique baroque.

L’appartement de Basile est situé au rez-de-chaussée d’une résidence chic, dans un quartier chic, avec des habitants chics, à l’entrée il y a même un gardien chic. Qui nous apprend, au détour d’une de nos visites à Basile, que les habitants sont en ordre de bataille pour le faire dégager dans les plus brefs délais. Gloups, pardon, vous pouvez développer ?

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Et pour lui encore, j’écris

Et pour lui encore, j’écris.
Ma tristesse.
Mon désarroi.
Sa mort.

Tant qu’ils mourront, j’écrirai.
Pour que la vie gagne du terrain.
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L’HP, mes doutes et la valse

Aujourd’hui, je t’ai accompagnée à l’HP.
Je suis ressortie, tu étais enfermée.
Je doute.

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Arrête de me faire rire, je voudrais pleurer

Tu t’es coupé les cheveux ? Quand ? Ah, t’es moche, comme ça. C’était mieux avec les cheveux plus longs. Tu dis ça avec un aplomb et une gouaille qui me font rire aux éclats. Tu le penses, tu le dis. Simplement, mais en criant fort, puis tu te rattrapes un peu, non mais t’es belle quand même comme ça, hein, c’est juste c’est mieux les cheveux plus longs. C’est dit, je ris. Lire la suite

Je suis Rosa et je veux tout

« Je suis Rosa et je veux tout, je suis Rosa la Rouge » chante Claire Diterzi.
J’ai passé beaucoup de temps avec Rosa la semaine passée.
Rosa s’appelle Gérard.

Gérard aime les plaisirs et les respirations que lui procurent la bière, les co-dolipranes, un rail de coke. Peu importe que ces produits le fragilisent aussi un peu, beaucoup, depuis le temps. Sa tête tourne, il aime. Lire la suite