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Retour à la terre et aux mots

Carotte et millepertuis, c’est le nom de mon nouveau blog.
Je reprends la plume, mais ici : https://carotteetmillepertuis.wordpress.com/2017/07/03/retour-terre-mots/
Parce que la vie bouge, parce que la terre m’appelle, pour partager tout ça.
Mes premiers posts parlent lune de miel et stage en méditation maraîchage.

Merci d’avoir suivi mes années d’éduc, merci de vos mots encourageants, vos partages d’expérience, votre soutien. Ils ont été précieux, très !

Je serais heureuse de vous retrouver là : https://carotteetmillepertuis.wordpress.com/

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Des bisous, je vous aime.

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Il pleuvait beaucoup mais les gouttes ne te sont pas parvenues

Tes éclats de rire ricochent sur les murs et virevoltent autour de nous.

Ils n’iront pas plus loin. À peine peut-être parviendront-ils aux oreilles de l’infirmière de l’autre côté de la porte vitrée. Assise sur une chaise, elle a un œil sur son portable pour tuer le temps, l’autre sur nous le temps de la rencontre.

Derrière elle, des portes à clefs, d’autres portes à clefs, un espace vierge tel des douves, puis des hauts murs bétonnés surmontés de caméras, puis la pluie ininterrompue qui nous a saucées, mais ça c’est pas trop ton problème, tu sors pas prendre l’air très souvent faut dire. Nous sommes dans une prison pour les fous, cachée au fin fond d’un immense hôpital pour les fous dans une campagne grise (un peu semblable à celui-ci : L’hôpital dans la forêt), en ce début de mois de février.

Tu n’as pas commis de crime, tu n’as pas été jugé pour arriver là.
Mais tu as défié la psychiatrie, refusé des traitements, esquivé les médecins, répété que non tu n’étais pas malade et non tu n’avais pas besoin d’eux, merci c’est pas la peine de s’inquiéter pour moi. Tu les as décontenancés, tu nous as décontenancés, c’est vrai qu’ils ont l’impression, on a l’impression, j’ai l’impression qu’avec des molécules chimiques en plus tu es actif et plein de projets, et quand tu choisis de t’en passer tu glisses vers le silence, le mutisme, l’imprévisible. C’est vrai que tu es déconcertant !
Alors ils essaient de garder le contrôle, ils testent, et cette fois-ci, ils tentent la prison des fous. Qu’espèrent-ils de l’enfermement ? Ils attendent le déclic. Y croient-ils ?
À chaque fois, pour toi, c’est le sentiment d’injustice qui croît un peu, beaucoup, carrément.

Nous avons une heure top chrono pour se donner des nouvelles. Ça passe vite, une heure, alors on va vite, le moral, la santé, les envies, l’après, le quotidien bien sûr. Tu as la télé dans ta chambre ? Tu éclates de rire. Sans t’arrêter, fort, beaucoup, tu ne t’arrêtes plus. Vraiment, elle est bonne celle-là, tu me dis. Ah la télé dans la chambre, là tu fais fort !

Je suis gênée de ma question, du décalage entre ma réalité et la tienne.
Mais tellement plus légère de t’avoir entendu rire de si bon cœur.

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[Alors que je viens de finir d’écrire cet article, je réalise que j’ai déjà écrit presque le même sur ton début d’hospitalisation très carcéral il y a plus de 9 mois : 20 ans qu’on ne parle pas la même couleur. Cette permanence de la situation me désespère, mais sûrement beaucoup moins que toi.]

20 ans qu’on ne parle pas la même couleur

Je suis dans cette pièce 23h30 sur 24h. Une demi-heure par jour, la porte s’ouvre sur ce service fermé à clefs, et je peux alors arpenter son court couloir. Aucune possibilité d’aller plus loin, de toute façon avant l’extérieur la rue la liberté il y a encore 2 autres portes verrouillées grillagées surveillées. Le soleil n’a pas touché ma peau depuis maintenant 4 semaines. Je n’ai aucune idée de la durée de cette privation de liberté. Je suis hospitalisé en psychiatrie et je vis l’enfermement chaque minute, chaque heure, chaque jour. Je n’ai sur la peau qu’un pyjama en coton. Je n’ai rien à faire, absolument rien. Alors je rage, je pense à tout le temps perdu, aux malentendus qui m’ont conduit là. Je regrette mon chez-moi, la course à pied à l’aube dans le grand parc, la couture, mon fauteuil de lecture. Lire la suite

Les mots de la rentrée

C’est vendredi. Une journée ordinaire d’une semaine de rentrée. J’avais prévu la frénésie, la voilà. C’est fou, le nombre de mots qu’on entend, qu’on prononce, qu’on écrit et qu’on lit en une seule journée. C’est fou, le nombre de mondes qui se croisent, qui se répondent un peu, parfois, ou pas du tout. C’est fou, ce tumulte des mots.

D’abord l’horreur de Sabra et Chatila découverte au petit matin, les corps, le sang, le silence. Des mots en cascade, des mots d’horreurs, des mots insupportables, des mots qui coupent la voix.1

Puis ils ont rebranché EDF ! Finis la peur du noir, les bougies, dormir chez le cousin. Des mots de soulagement, de joie, des cris presque. Des mots qui réjouissent, des mots légers. Lire la suite

Sa Majesté

Le bateau glisse lentement sur l’eau. Autour, la mer. Partout, la mer. Noire. Seule la lune l’éclaire doucement, par intermittence. Quelques reflets entre deux nuages, l’écume devenue brillante l’espace d’un instant. Mais surtout, une masse noire, silencieuse, à perte de vue. Lire la suite

Ils ne gagneront pas toujours, hein ?

Des mois que tu es hospitalisé en psychiatrie, sous contrainte.

Une hospitalisation que tu ne comprends pas, tu ne vois pas ce que tu as fait de répréhensible, même si quand tu nous racontes les événements, nous on imagine un peu quand même pourquoi la contrainte. On a l’impression qu’il y a certes du soin dans cette hospitalisation, mais qu’il y a aussi un peu de volonté de faire justice, et d’enfermer ainsi d’une autre manière, pour faire payer un peu. Mais peut-être que j’extrapole.

Une hospitalisation faite presque uniquement de rapports de force avec ton psychiatre et l’équipe soignante, faite de punitions et de récompenses. Par exemple, si tu te comportes bien, tu as le droit de voir notre équipe. Moi j’ai du mal à supporter qu’on fasse du chantage sur notre dos, mais c’est pas comme si j’avais mon mot à dire là-dessus. Alors tu nous racontes le jeu de rôle que tu joues, ce que tu dis à qui, les mots exacts qu’ils veulent entendre. Lire la suite

Je suis Rosa et je veux tout

« Je suis Rosa et je veux tout, je suis Rosa la Rouge » chante Claire Diterzi.
J’ai passé beaucoup de temps avec Rosa la semaine passée.
Rosa s’appelle Gérard.

Gérard aime les plaisirs et les respirations que lui procurent la bière, les co-dolipranes, un rail de coke. Peu importe que ces produits le fragilisent aussi un peu, beaucoup, depuis le temps. Sa tête tourne, il aime. Lire la suite

Oui, ta colère est légitime

Tu es en colère. Très en colère.
Tu cries fort cette colère à qui veut l’entendre, aux gens en qui tu as confiance, aux inconnus. Tu la cries avec des mots durs, des éclats de voix, ton portable fracassé sur le sol, une agitation dans tout ton corps.
Ta colère, elle te fait peur. Parce que tu n’aimes pas être en colère, et tu n’aimes pas l’homme en colère que tu es. Lire la suite

Il est libre, Farid

Je l’ai rencontré souvent dans la rue, il marchait toujours en haillons, parlait parfois de Jésus, parfois du grand tout cosmique, parfois de lui à la troisième personne. J’ai marché un soir des kilomètres dans toute la ville, guidé par lui qui ne voulait pas que cette conversation se termine. Des lundis soirs sans fin, on a parlé sous la pluie des heures et des heures. Un dimanche matin, j’ai essayé de lui suggérer d’accepter le caleçon qu’une dame du marché lui proposait, pour qu’il ne finisse pas encore une fois au poste pour atteinte à la pudeur ; il m’a alors signifié clairement que je franchissais les limites de ce que je pouvais me permettre de lui dire, en me recommandant de « retourner dans [ma] cuisine ».  Lire la suite