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Deux heures avec toi

Un tourbillon. Tu es un tourbillon.
Tu parles, beaucoup. Tu bouges, non-stop, mais c’est un peu aussi à cause de ton traitement.
Tu ne t’arrêtes de rien, jamais. Tes blagues sont drôles et me font rire. Même si tu frises parfois la désobligeance, parce que tu frises parfois la désobligeance.

Cet après-midi là, toi et nous, on a tout le temps. C’est pas toujours. Ça tombe bien, tu as plein de fils à démêler. Tu nous embarques à la mairie aux impôts au cyber au supermarché au PMU chez toi au téléphone avec EDF la CAF la MDPH le CMP ta mère un ami. Lire la suite

Basile, son appartement, et les habitants chics qui veulent le mettre dehors

Basile a emménagé dans son nouvel appartement il y a 3 mois à peine. Après des années et des années et des années et des années de rue. Plus personne ne sait combien exactement. Basile est très content de son nouvel appartement, il dort pour l’instant sur un matelas posé au sol, continue à parcourir la ville en journée, mais aime y revenir pour cuisiner. Il vient d’installer un canapé, attend d’acheter une troisième chaise pour nous inviter à manger un pot-au-feu, qu’il cuisinera. Basile a été chef cuistot pendant des décennies, c’est sa passion, avec les voyages, la géographie et la musique baroque.

L’appartement de Basile est situé au rez-de-chaussée d’une résidence chic, dans un quartier chic, avec des habitants chics, à l’entrée il y a même un gardien chic. Qui nous apprend, au détour d’une de nos visites à Basile, que les habitants sont en ordre de bataille pour le faire dégager dans les plus brefs délais. Gloups, pardon, vous pouvez développer ?

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Vie de maraudeur (bénévole) du soir

Je viens de retrouver ce texte qui date de juin 2009, et l’envie m’a prise de le partager. Plongée dans le passé…

Marauder, pour moi, c’est…
Regarder la météo autrement, se dire que putain il pleut, merde ça cogne, ouf ça se maintient, va y avoir de l’orage ?
L’odeur des soupes en sachet, des plaques chauffantes, de la pisse, de la bière, du café.
Un garçon de 14 ans, pieds nus, en tee-shirt et jean trop court, par une nuit de grand froid, qui raconte l’Afghanistan d’où il vient et l’Angleterre où il va.
S’assoir sur ses idées, se prendre des claques, virer de bord.
Une présence indéfectible, absolument indéfectible.
Porter un peu de la vie d’inconnus, qui du coup ne le sont plus, et en partager quelques grammes, pour que ce soit moins lourd.
Se résoudre à l’impuissance, pleurer sur l’impossible. Lire la suite